L'échappée rakugo

La naissance du Rakugo

(Temps de lecture : environ 4 mn)

L’histoire du Rakugo débute pendant la période Sengoku (1467-1568) jusqu’aux premières années d’Edo (1603-1878) avec les otogishû (littéralement « devenir l’interlocuteur de quelqu’un »), des intellectuels qui accompagnaient les seigneurs. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui un « consultant ». Chaque otogishû était doué pour parler d’un sujet qu’il maitrisait sur le bout des doigts.

Imaginez qu’un seigneur décide qu’on lui parle de l’art de la guerre, hop ! il faisait appel à un otogishû spécialisé. Le lendemain, il a besoin de conseils éclairés sur tel ou tel sujet, hop ! Il fait appel à un prêtre bouddhiste. Le surlendemain, fatigué par la guerre, il veut entendre des histoires qui le détendent, hop ! Il fait appel à un otogishû spécialisé dans le comique.
Les otogishû avaient un rôle aussi important que celui d’une maman qui raconte une histoire à son enfant avant de dormir : ils contribuaient à éduquer les seigneurs de façon ludique et approfondie.

Hideyoshi Toyotomi (un des 3 unificateurs du Japon) avait près de 800 otogishû à son service.
Parmi eux, un bonze particulièrement doué : Anrakuan Sakuden
Il savait rendre les sermons bouddhiques longs et rasoirs faciles d’accès au grand public (pour la plupart illettrés) en intégrant des anecdotes comiques
Il a d’ailleurs compilé ces histoires drôles dans un recueil « Seisuishô » (Histoires tellement drôles qu’on en oublie de dormir)
Ce recueil a eu une influence considérable sur ce qu’allait devenir le Rakugo. En ce sens, on considère Anrakuan Sakuden comme le père fondateur du Rakugo.
De nos jours, le premier dimanche d’octobre, on donne une représentation de Rakugo à sa mémoire dans le temple Seigan-ji de Kyoto, où Anrakuan a servi.

Kyoto.
Parlons-en, puisque c’est une des trois villes, avec Osaka et Edo (actuelle Tokyo) qu’apparaissent en même temps trois personnages qui vont jouer un rôle important pour la suite.

Nous sommes au début de l’époque Edo (1603-1868) et notre conteur de Kyoto s’appelle Tsuyu No Gorobei. A l’origine, il est bonze.
Tsuyu No Gorobei commence à faire le mariole dans les rues de Kyoto et plus précisément à Yon Jo Kawaharamachi 四条川原町(pour ceux qui connaissent) qui était une longue et grande avenue 大道Daidô, ancêtre des fameuses shôten-gai, les actuelles cités marchandes 商店街.
Sur cette grande avenue, il y avait de nombreux artistes qui se mêlaient à la foule. Ainsi est né le terme « Arts de la rue » au Japon, Daidô-gei 大道芸。
Les histoires que Tsuyu No Gorobei racontait ainsi dans la rue s’appelaient les 辻噺Tsujibanashi (histoires de carrefours).

Dans le même temps, à Edo, un homme du nom de Shika No Buzaemon commence à faire parler de lui.
Comme à Kyoto, des conteurs publics divertissaient les gens dans les rues d’Edo mais les plus doués étaient engagés par les seigneurs ou les commerçants qui ne les voulaient rien que pour eux.

Le conteurs étaient installés dans des pièces à tatami, zashiki, pour mettre leur art de la parole en œuvre. On appelait donc à Edo les histoires qu’ils racontaient des zashiki banashi.
Au fil du temps, ces espaces clos donneront naissance aux yose, les cabarets dédiés au Rakugo qui existent de nos jours.

Shika No Buzaemon était donc un des meilleurs conteurs de l’époque et même s’il vivait à Edo, il était originaire d’Osaka.
Les gens d’Osaka ont la réputation d’être plus sympas et bons vivants que les Tokyoïtes. En tout cas, ils sont plus « marseillais ». Cette différence de culture ne semble pas dater d’hier…
Osaka. C’est dans cette ville qu’un troisième larron fait son apparition : Yonezawa Hikohachi.
Hikohachi aussi raconte des histoires mais il le fait dans l’enceinte d’un jinja, un temple shinto, le Ikukunitama jinja.
Dans ce Jinja, toutes sortes d’artistes – comme dans les rues de Kyoto – se réunissaient pour proposer toutes sortes de performances.
Les histoires de Hikohachi s’appellaient des Karukuchibanashi (les histoires légères)軽口噺.

C’est d’ailleurs à Hikohachi que l’on attribue une des plus célèbres histoire de Rakugo – celle que tout zenza qui se respecte se doit de connaître dès ses premiers pas dans le monde du Rakugo. Elle s’appelle Jugemu. Vous en trouverez une version simplifiée et en traduction simultanée français-japonais sur ce lien.

A suivre

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