Cyril COPPINI

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L'échappée rakugo

La vie à Edo au travers du Rakugo (3/3)
Métiers et logement

Temps de lecture: environ 3 min

Les personnages des histoires de Rakugo s’inspirent en majorité du petit peuple d’Edo. On y retrouve, par définition, des artisans, des commerçants… Bref, différents corps de métiers de cette époque qui se chiffrait – paraît-il – à plusieurs centaines.

Sakana-ya Le poissonnier

Il était aussi souvent pêcheur. Il n’avait pas de boutique et vendait le poisson qu’il avait pris le matin même en arpentant les rues d’Edo, muni de son joug d’épaule.
Histoires avec des poissonniers : Gonsuke Sakana (Gonsuke et les poissons) ; Shibahama (La plage de Shiba)
* Le héros de Shibahama, à la fin de l’histoire, devient un riche commerçant qui a sa propre boutique et du personnel à sa solde.

Kago-ya Les porteurs
Kago, littéralement « un panier ». Équivalent de la chaise à porteurs de l’Europe du 16e au 18e siècle, aussi connue sous le nom de palanquin.
Histoires avec des porteurs : Kumo kago (Le palanquin araignée) ; Kuramae kago (Le palanquin de Kuramae)

* Kuramae : quartier de Tokyo

Kuzu-ya L’éboueur
Ancêtre du ramassage de poubelles en bordure de rue qu’il recyclait (l’homme du 21e siècle n’a rien inventé !)

Histoires avec des éboueurs : Ido no chawan (Le puits et le bol de riz) ; Kami kuzu-ya (L’éboueur spécialisé dans le papier)

Taga-ya Le réparateur de baquets

Une histoire porte carrément le nom de cette profession. Elle se déroule sur le pont Ryôgoku, à Tokyo, où les badauds se pressent pour admirer un feu d’artifice. Tout le monde est agglutiné sur le pont alors qu’un samouraï à dos de cheval essaie de passer et va avoir du fil à retordre avec un Taga-ya
Un classique des histoires que l’on raconte en été (je vous parlerai prochainement des « histoires de saisons »).

Il n’existe pas de version en français (pas encore) ou en anglais des histoires citées ci-dessus sur Youtube mais vous pouvez en retrouver certaines dans l’excellent Histoires tombées d’un éventail (L’Harmattan, 2019) de Sandrine Garbuglia et pour ceux qui maîtrisent la langue de Shakespeare dans le non moins excellent Talking about Rakugo (2 tomes disponibles) de Kristine Okubo et Eiraku Kanariya.

De nombreuses histoires de Rakugo se déroulent dans les Nagaya (littéralement, « maison longue »), le logement mitoyen populaire d’Edo. Ces « maisons » faisaient entre 4 et 6 tatamis (entre 7 et 10 mètres carrés, le tatami étant encore de nos jours une mesure utilisée par les agences immobilières). Autant vous dire qu’il n’y avait pas de place pour les toilettes qui étaient communes et situées à l’extérieur (il y avait d’ailleurs déjà des petits malins qui faisaient de l’engrais avec les excréments pour le revendre aux agriculteurs). Pour le bain, il y avait le sentô – le bain public – qui existe toujours (et qui est aussi, bien sûr, un lieu où se déroulent des histoires de Rakugo). Et puis, le lieu de rendez-vous des dames qui vivaient dans le Nagaya, c’était le puits, là où on faisait la vaisselle, la lessive mais surtout où l’on échangeait des informations et… des commérages. Là non plus, l’homme (et la femme) du 21e siècle n’a rien inventé !

Pour en savoir plus sur la vie à Edo, je vous recommande, lors d’un prochain séjour à Tokyo, de visiter le Musée Edo de Fukagawa, dans l’arrondissement Kôtô-ku (Kôtô-ku Fukagawa Edo shiryôkan)

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